Hommage à Jean-Luc THERIER

C’est ce jour, 31 juillet, que s’est terminée une Amitié vieille de 50 ans. Une amitié complice, instinctive, profonde, que seule la mort pouvait interrompre !

Jean-Luc est officiellement rentré dans l’équipe Alpine en 1969, même si, allez savoir comment, il était déjà adopté par les mécaniciens, la base de la famille Alpine, depuis plus d’un an.

Il avait couru sur Alpine au Mans en 1967 et avait été très déçu de casser ; mais Jean Rédélé lui-même l’avait rassuré en lui disant qu’on lui confierait à nouveau un volant l’année suivante. Et en 1968, effectivement, on lui a  redonné ses chances et il nous l’a bien rendu puisqu’il a gagné « l’Indice énergétique ». Mais c’est sur routes, les routes bien sinueuses bien vicieuses que Jean-Luc « prenait son pied ».

A cette époque, avec la modeste R8 Gordini offerte par ses parents il écumait tous les rallyes de la région.  Dans un premier temps c’est pour piloter officiellement cette très populaire R8 Gordini qu’il est entré chez Alpine en 1969. D’emblée ce fut un coup d’éclat : faire 5ème au scratch au rallye de Monte Carlo avec une petite voiture de série accessible à tous et cela reste peut-être le plus bel exploit de la fantastique carrière de Jean-Luc.

 

Car il était comme ça Jean-Luc : il a gagné des rallyes prestigieux en France, en Italie, en Grèce, au Portugal et même aux USA ; mais ce sont quelques performances exceptionnelles mais discrètes, appréciées seulement des spécialistes dont il était le plus fier, ses bonnes « baisures » comme il disait, au détriment de ses adversaires et néanmoins amis !

 

  • En 1971, gagner le Marathon de la Route, en Allemagne, soit 96h de course sur le Nurburg Ring avec la Berlinette de son copain Nusbaumer et avec l’aide de Jacques Henry devant une meute de Porsche et de surpuissantes Ford Capri.
  • En 1972, être en tête du Tour de France automobile, pendant la première étape, sur la Berlinette 1600 de son compère Nusbaumer devant des Ferrari Daytona deux fois plus puissantes et même se payer le luxe de doubler celle de Vic Elford sous la pluie sur le circuit de Magny-Cours devant un public déchaîné.
  • En 1972 encore, gagner le Rallye des Cévennes avec une Berlinette équipée pour la 1ère fois d’un moteur turbo qui la rendait inconduisible, sauf pour….
  • En 1973, faire 3ème au Rallye de Suède, sans clous sur la glace avec un train avant largement tordu, chez les rois de la glisse jusque-là incontestés.
  • En 1974, remporter aux USA le Rallye Press and Regardless, sur une R17 Gordini… devant des Stratos.

 

Oui c’est tout ça qui le faisait « bicher » comme il disait. Courir de plaisir !….

 

MERCI Jean-Luc pour ces moments inoubliables !

Que le temps a passé vite !

 

En 1970 Jean-Luc avec Marcel Callewaert avait amené à Alpine sa première victoire à un rallye d’un Championnat du Monde sur le terrain de l’adversaire à l’époque le plus coriace, Lancia,  et donc en Italie, le Rallye des Fleurs, appelé aujourd’hui Rallye de San Remo.

A partir de là on savait que notre chère Berlinette était capable d’être Championne du Monde et dès l’année suivante, 1971, Alpine a remporté le « Championnat International des Rallyes » pour Marques.

Par ses victoires en Italie, en Grèce, au Portugal et sa 2ème place au Monte Carlo, Jean-Luc a été le plus efficace contributeur à ce titre.

 

1973 fut l’année du sacre, puisqu’enfin, le Championnat International des Rallyes est devenu le Championnat du Monde….. Magie des mots !

En cette année là aussi, avec ses mêmes victoires, Jean-Luc a été le plus gros contributeur au point que le journal anglais « Motoring News », le plus affûté en termes de rallyes, lui a décerné le titre officieux de « Champion du Monde ». Et il ne l’avait pas volé !!

 

Ses collègues de l’équipe, les Nicolas, Darniche, Andruet étaient loin d’être des manchots, ils étaient aussi capables d’être Champions du Monde… Mais eux devaient travailler beaucoup alors que pour Jean-Luc, c’était instinctif. Je lui en voulais bien un peu de ne pas « reconnaître » ou si peu ! Mais je savais aussi qu’il avait besoin de s’occuper de son garage et surtout de la santé délicate de son fils Nicolas. Alors Jean-Pierre Nicolas, en bon copain, donnait ses notes à recopier à son coéquipier Cécel ou Michel Vial ou un autre… Mais à quoi bon…..dès que ça tournait un peu, Jean-Luc disait à son coéquipier « arrête, tu me soules ! » (dixit Marcel Callewaert quelques années après, et sous la torture…).
C’était ça le point fort de Jean-Luc ; peut-être connaissait-il un peu plus intimement la Berlinette que ses copains puisqu’il faisait office de metteur au point de l’engin à Dieppe. Il faisait corps réellement, on pourrait dire charnellement avec sa monture et en plus, au volant, il devinait au millième de seconde le profil de la route qui s’ouvrait devant lui.

 

J’imagine qu’au faîte de sa gloire Jean-Luc a dû avoir bien des sollicitations de marques concurrentes… Il ne m’en n’a jamais parlé mais il va sans dire que, comme dans la vie, sa fidélité à Alpine a été intégrale. Malheureusement quand Alpine est devenue Alpine Renault, la stratégie générale de la compétition a échappé à l’équipe de Dieppe. Puis à peine le titre de Champion du Monde des Rallyes enregistré, il fallait passer à autre chose… et en 1975 c’était pour Alpine l’abandon définitif des rallyes et par là même, des pilotes de la spécialité. Quel gâchis !!

Jean-Luc, comme ses collègues, ont fait les beaux jours de nos concurrents, Toyota, Volkswagen, Autobianchi, Porsche, avec encore une belle « baisure » au Tour de Corse en 1980.

Puis retour par la petite porte chez Renault dans l’Ecurie de son ami Olivier Lamirault de 1982 à 1984 avec quelques belles victoires sur la R5 Turbo dont, entre autres, le Critérium Alpin ou le Rallye d’Antibes et un dernier titre de Champion de France des Rallyes en 1982.

Et puis en 1985 ce fut ce funeste accord avec Citroën pour deux rallyes, le Paris/Dakar et le Monte Carlo et ce looping dramatique, le 6 janvier 1985, de la petite VISA qu’il avait hissée en tête de la course, et notre Jean-Luc coincé sous la voiture et Michel Vial éjecté mais à peu près indemne. Ce jour-là Jean-Luc est passé tout près. Il a été efficacement secouru mais lourdement handicapé par un bras paralysé, il ne s’en est jamais remis.

S’ensuivirent de longues années de souffrance, de traitements divers d’hôpital en hôpital, puis la maladie qui s’installe… profondément… Heureusement en ces tristes années une lumière est venue égayer la vie de Jean-Luc, l’état de santé de son fils Nicolas s’est enfin stabilisé et il peut enfin vivre une vie normale pendant que lui s’en remettait à la garde rapprochée de son « Teckel » comme il disait affectueusement.

 

Avec la disparition de Jean-Luc c’est un livre qui se referme, celui de l’Alpine à l’ancienne, de la Gagne, du dévouement corps et âme à une communauté de « Braves », fondée par Jean Rédélé dans les années 60.

 

Merci Jean-Luc pour ta confiance, ta complicité, ton amitié

Adieu !

 

 

Jacques CHEINISSE   le 1° Aout 2019

Commentaires (2)

  1. Sébastien Ricci

    Quelle peine…

    Probablement personne n’aurait pu aussi bien parler que Jacques Cheinisse pour rendre cet émouvant hommage à l’un des meilleurs rallymen de tous les temps, la complicité, l’amitié sincère qui unissait ces deux hommes était une évidence.

    J’envoie mes vœux de courage à chacun de ceux qui pleurent son départ injuste, je ne peux m’empêcher d’espérer que l’ami Jean-Luc est parti faire de belles spéciales dans les nuages avec son sourire facétieux, il a retrouvé son patron Jean Rédélé, et bien de ses amis partis trop tôt…

    On ne t’oubliera pas Jean-Luc!

  2. JOHN HAUTES VOSGES

    Le monde Alpine paye un lourd tribu avec toutes ces disparitions liées à la marque. La famille des Mousquetaires perd un de ses plus vaillants représentants. On se refuse à y croire mais c’est pourtant la triste réalité. Notre jeunesse fut bercée par les multiples exploits de Jean-Luc, un véritable funambule de la route. Son décès me consterne au plus profond de moi, il m’a fait rêver et contribuer à la passion dévorante pour la marque Alpine. Aujourd’hui, c’est son souvenir qui continuera à entretenir cette flamme. J’adresse à Jacqueline et à Nicolas mes plus sincères condoléances et leur témoigne ma plus respectueuse sympathie en ces moments d’intense tristesse. John B. (Hautes Vosges)

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