Bernard Pierangeli nous a quittés


Bernard Pierangeli nous a quittés ce matin 26 décembre 2017, il avait 86 ans.

Depuis plusieurs années, il était atteint par ce genre de maladie qui vous rend tous les jours un peu plus dépendant des autres… Mais son attention, son regard étaient toujours aussi vifs, comme j’ai pu encore le constater lors de ma dernière visite il y a 8 jours exactement.
Bernard était un passionné ; pas le genre démonstratif, exubérant mais habité par une passion brûlante qui vous porte sur les projets les plus exigeants.
Il avait dans ses gênes l’abnégation du corse de la montagne, il en était fier à juste titre puisque sa famille est apparentée aux Bonaparte.
Attiré depuis son enfance par l’automobile, à 22 ans, il entre modestement chez SIMCA en 1953 et, sans formation particulière, il en sortira fin 1967, cadre supérieur apprécié, après y avoir fait un peu tous les métiers. Et, c’est pour Jean Rédélé et Alpine qu’il quittera SIMCA, avec la complicité de Philippe Lamirault, le directeur commercial de Renault.

C’est en effet pour reprendre mes activités commerciales qu’il a été recruté par Jean Rédélé, afin que je puisse me consacrer entièrement à la compétition, pour l’ensemble du groupe Renault. La passation de pouvoir se fera en un quart d’heure, dans mon bureau d’Epinay-sur-Seine, un petit matin de février 1968, alors que j’étais déjà en retard pour prendre l’avion vers Miami avec pour destination finale la course des 12H de Sebring. C’était ridiculement trop court mais j’avais lu dans son regard que je pouvais compter sur lui : tranquille et déterminé !

D’ailleurs à l’époque, Alpine était plutôt tranquille au plan commercial car leurs autos s’achetaient plus qu’elles ne se vendaient, grâce au « buzz » permanent de la compétition : le « David » Alpine terrassait de plus en plus souvent Goliath qu’il soit Teuton, Briton ou Rital… Mais cet état de grâce n’était pas une rente éternelle, progressivement, il a bien fallu aussi s’atteler à VENDRE les Alpine, et Bernard était l’homme de la situation. Après la prise de contrôle d’Alpine par Renault, en juin 1973, le service commercial Alpine a été réintégré dans le grand machin central et Bernard a dû quitter Epinay pour Boulogne-Billancourt. Même si, par contrat la production Alpine était entièrement achetée puis distribuée par Renault, Bernard avait des doutes sur l’efficacité du système et n’avait de cesse de retrouver une certaine indépendance commerciale. Et, après plusieurs années de bagarre, en février 1979, fut inauguré, rue Thiers, à Boulogne-Billancourt son Centre Alpine.

Immédiatement, sa petite équipe animée de l’esprit d’équipe à l’ancienne fut reconnue par la clientèle Alpine de la région parisienne, puis, rapidement, au niveau national et même européen. On s’y pressait pour faire entretenir et peaufiner sa Berlinette ou son A310 et aussi pour discuter, commenter les dernières nouvelles sportives ou autres… dans le bureau de Pierangeli.
L’éclatante victoire aux 24H du Mans 1978 de « Renault-Alpine » fut aussi, sans tambour ni trompette, le signal du retrait d’Alpine de la course automobile au profit de son tout puissant partenaire : l’un des ressorts déterminants des ventes d’Alpine était cassé. Pis, l’autre ressort, le Produit, a souffert aussi de cette intégration ; certes Renault a continué à investir dans la gamme Alpine; de nouveaux produits ont été lancés: A310 V6, GTA, A610. Toutes autos « bien sous tous rapports », on dirait aujourd’hui consensuelles. Mais il leur manquait le petit grain de folie Alpine et c’est là que Bernard Pierangeli s’est improvisé designer puis ingénieur et motoriste pour « pimenter » cette gamme à l’origine belle et triste, de quelques Kits puis de versions euphorisantes : la A310 Pack GT, la GTA 265CV… restée au bord de la route suite au départ en retraite de « l’artiste » fin 1987, fatigué de se battre et résigné.

Sa retraite s’annonçait paisible entre Piclos, sa résidence secondaire dans le Perche, et Paris et sa passion du Premier Empire, entre son épouse Marie-Claire, sa fille Caroline et son garçon Hervé qui partageait avec lui la même passion pour l’automobile. La mort subite de ce dernier, le 1er mai 1999 a tout ravagé. Malgré l’affection des siens et celle des membres attentifs de son ancienne PME de Boulogne, Bernard n’a jamais retrouvé son dynamisme ni sa joie de vivre. La maladie en a profité pour s’installer sournoisement et a finalement eu raison du bonhomme, ce petit matin encore sombre du 26 décembre 2017.

Adieu Bernard.

Bon courage à Marie-Claire, Caroline et tous les siens.

Jacques Cheinisse, le 26 décembre 2017

Le service religieux sera célébré le mercredi 3 Janvier à 10H30 en l’église d’Auteuil
4 rue Corot à Paris 16e

Commentaires (2)

  1. Berliverte

    Bernard était un partenaire exigent pour nous qui à Dieppe étions en charge du développement des modèles que lui devait ensuite vendre aux clients Alpine.
    Il ne manquait pas d’idées pour nous inciter à étudier telle ou telle variante qui selon lui répondrait mieux aux attentes des-dits clients et même si nous lui rétorquions souvent en forme de boutade « C’est comme par hasard la version qui n’existe pas au catalogue qui ferait les meilleurs scores de ventes », nous reconnaissions qu’il était en fait un véritable aiguillon pour le Bureau d’Étude Alpine.
    Jean-Pierre LIMONDIN

  2. Tesalp

    Triste nouvelle, toutes mes condoléances à sa famille. Bernard Pierangeli était un ardent défenseur d’Alpine, qui n’hésitait pas à bousculer la structure pour faire avancer les choses, et même si l’on n’était pas toujours d’accord avec lui, on se doit de saluer ses efforts pour l’amélioration de la compétitivité des Alpines et sa pugnacité dans leur commercialisation.
    Yves TESSIER

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