Claude Foulon, un homme au grand cœur

Ce n’est pas un hasard si l’église de Neuville-lès-Dieppe était archi comble pour les obsèques de notre ami Claude, il était en effet unanimement reconnu comme un être exceptionnel. Sous son air enjoué, blagueur et derrière son sourire de façade, Claude cachait en fait une nature généreuse et plutôt inquiète qui se révélait aussitôt que l’on grattait le vernis de surface, tant dans sa vie privée (c’était un véritable « Papa Poule » pour ses trois enfants) que dans son univers professionnel (besogneux, appliqué et hyper consciencieux).

Son parcours scolaire ne le conduira pas vers de longues études, on n’avait pas les moyens d’envoyer les gamins longtemps à l’école dans la famille ; le papa était maçon et il y avait quatre enfants à nourrir dans le foyer (Claude avait un frère aîné, un frère jumeau et une sœur). C’est donc tout naturellement que, dès son Certificat d’Etudes Primaires en poche, il va entrer dans la vie active en se faisant embaucher dans une entreprise de maintenance de bateaux de pêche. Il était attiré par les moteurs et il avait le sens de la mécanique, si bien qu’il fera rapidement son chemin dans ce domaine, jusqu’au jour de 1967 où le hasard mit Etienne Desjardins sur sa route : le voyant à l’œuvre lors d’une intervention sur son propre bateau de plaisance, celui-ci eut vite compris qu’il ferait merveille chez Alpine et il dépêcha son « Sergent Recruteur » Gilbert Harivel pour lui faire une proposition d’embauche !

A cette époque, on nourrissait beaucoup d’espoir chez Alpine sur un tout nouveau moteur V8, développé par Amédée Gordini pour la Régie Renault et qui laissait présager des résultats très prometteurs aux 24h du Mans. Alors, pour se donner tous les moyens de la réussite, on avait décidé d’affecter un atelier spécifique au montage des Sport-Prototypes A220 destinés à recevoir ce moteur. Aussitôt surnommé « Le Barbu » par ses collègues, Claude se verra confier la responsabilité de ce secteur.

Hélas, le V8 Gordini ne développait pas la puissance escomptée et il ne permettra jamais à l’Alpine A220 d’obtenir des résultats à la hauteur des ambitions de l’équipe dieppoise et de son sponsor Renault. Malgré son envie de bien faire, Claude connaîtra des désillusions successives, voire même un drame lorsque son pilote fétiche, Mauro Bianchi, fut accidenté et grièvement brûlé aux 24h du Mans en 1968. Il conservera d’ailleurs de cet événement tragique un sentiment de malaise qui le poursuivra toute sa vie durant…

Mais cette séquence A220 avait permis à Claude de se faire apprécier chez Alpine, tant pour ses qualités humaines que professionnelles, et lorsque qu’il a fallu constituer la petite équipe qui allait assurer le développement de l’A310, c’est tout naturellement à lui que l’on a pensé pour prendre la responsabilité de l’atelier de montage des prototypes. Et à cette époque, les fonctions n’étaient pas vraiment différenciées, si bien que « l’atelier proto » assurait également l’exploitation de tout le parc roulant nécessaire pour effectuer les essais qui requièrent des véhicules complets (mises au point dynamique, roulages d’endurance, homologations, etc.). Une activité foisonnante donc, qui convenait parfaitement à notre ami Claude, réactif et débrouillard à souhait…

Progressivement, une organisation plus rationnelle va se mettre en place et l’activité de son atelier sera concentrée sur la seule réalisation des véhicules prototypes, mais toutefois dans le cadre d’un partenariat avec le Bureau d’Etudes lui laissant une très large autonomie. Ce mode de fonctionnement s’avèrera remarquablement efficace pour le développement des petites séries et plus tard il sera d’ailleurs reconduit au BEREX lorsque l’unité d’études Alpine sera dissociée de l’usine de production. Claude excellait dans ce genre de situation et il assuma cette responsabilité jusqu’à son départ à la retraite en 1995.

Ce faisant, il eu le privilège d’intervenir sur absolument tous les projets Alpine et Renault qui ont été étudiés à Dieppe : la gamme Alpine bien sûr (A310 V6, GTA, A610) mais aussi les versions sportives de la gamme Renault (R5 turbo, Renault 5 Alpine, Renault 5 GT turbo notamment), sans oublier les nombreuses études expérimentales qui, pour des motifs économiques ou stratégiques, n’ont pas eu la chance d’obtenir le feu vert pour leur mise en production. Parmi ces études avortées, celle qui lui laissera le plus d’amertume – comme à nous tous d’ailleurs – c’est le projet W71 destiné à assurer la descendance de la Berlinette. Heureusement, 30 ans plus tard, une nouvelle tentative vient d’aboutir et Claude a pu constater avec fierté que le A fléché d’Alpine était brillamment remis à l’honneur grâce à la nouvelle Alpine A110 qui fait l’unanimité autour d’elle.

Une fois à la retraite, Claude ne s’est pas contenté de cultiver son jardin, d’aller chercher ses petits-enfants à l’école ou d’égailler la fin de vie de sa mère. Le hasard des rencontres et son instinct altruiste l’ont bientôt conduit à s’investir pour procurer des moments de bonheur improbables à de jeunes enfants atteints par la mucoviscidose. Chaque année, il organisait avec les familles, et grâce au Club Alpine de Dieppe dont il était membre, un repas suivi d’un « galop d’essai » en Alpine. Les rires joyeux et le plaisir de ces enfants maltraités par la vie lui gonflaient le cœur d’allégresse. L’initiative s’est prolongée dans le cadre du Téléthon avec une collecte de dons en contrepartie d’un roulage en Alpine et cette action se poursuit encore aujourd’hui…

Il était comme ça « notre Barbu », toujours prêt à rendre service, le cœur sur la main et la conscience en éveil. Si bien que lorsqu’André Désaubry a commencé à battre le rappel des bonnes volontés pour monter un rassemblement Alpine à l’occasion de l’inauguration d’une rue dédiée à Jean Rédélé, Claude lui a bien évidemment aussitôt répondu « tu peux compter sur moi ». Puis, lorsqu’en 2002 s’est constituée l’AAA, il s’est intégré dans le Bureau de l’association et il a mis toute son énergie et sa bonne humeur à la disposition du groupe, contribuant grandement à la réussite des différentes manifestations que nous avons organisées à Dieppe.

Décédé de maladie le 25 juillet 2018 à l’âge de 80 ans, Claude avait su s’attirer la sympathie et l’estime de tous ceux qui l’ont côtoyé, que ce soit dans le cadre familial, dans le milieu professionnel ou ailleurs. A l’Association des Anciens d’Alpine, nous sommes parfaitement conscients que nous perdons un type bien et nous ne sommes pas près de l’oublier.

 

Les Anciens d’Alpine

 

Commentaire (1)

  1. Tesalp

    Je partage tout à fait le portrait fait ci-dessus de Claude Foulon. Il avait une personnalité très forte, complexe, que sans doute sa vie professionnelle commencée très tôt lui avait forgée, avec une certaine réserve qu’il masquait par son humour et ses grandes tapes sur l’épaule. Nous perdons un Grand Ancien respecté et estimé de tous, et j’adresse mes condoléances sincères à toute sa famille. Y. TESSIER

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